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Le blog

Écrits par l’inventeur

Olivier Cordoleani, inventeur de RELICKEEPER, écrit sur la mémoire, la transmission, et ce que nous possédons vraiment à l’ère numérique. Voici le début de chaque article ; le texte complet est sur cordoleani.com.

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Le jour où j’ai compris que mes œuvres ne me survivraient pas

Quand ma fille a eu l’âge de me demander de jouer aux jeux vidéo que j’avais créés pendant les quinze années qui ont précédé sa naissance, j’ai eu un moment de silence. Pas un silence émotionnel. Un silence technique.

Sur l’ensemble des jeux auxquels j’avais participé, un seul a accepté de fonctionner. Sur un émulateur DOS. Après plusieurs heures de réglages, de forums poussiéreux, de fichiers récupérés à l’aveugle. Les autres ? Perdus. Incompatibles. Obsolètes. Dissous dans le temps.

Si j’avais été écrivain, mes livres auraient été lisibles. Si j’avais été peintre, mes toiles auraient pu être accrochées. Si j’avais été sculpteur, mes formes auraient traversé les générations. Mais en tant que créateur numérique, mes œuvres — pourtant bien réelles, bien vendues, bien utilisées — étaient devenues intransmissibles.

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Le jour où j’ai compris que je léguerais mes mots de passe plutôt que mes trésors

Avez-vous déjà lu les Conditions Générales d’Utilisation de votre bibliothèque musicale, de votre compte Steam ou de votre plateforme de streaming préférée ?

Non. Personne ne le fait. Elles sont plus longues que Guerre et Paix, moins bien écrites, et surtout beaucoup plus sournoises.

En 2023, la Video Game History Foundation a publié une étude devenue difficile à ignorer : 87 % des jeux vidéo classiques sortis aux États-Unis sont aujourd’hui légalement inaccessibles.

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Le bruit a remplacé le signal

Pendant longtemps, produire un contenu — un texte, une image, un morceau, un film — supposait un coût, un savoir-faire, une chaîne. Cette friction n’était pas un défaut du système : elle en était la qualité de filtre. Elle a disparu en deux temps.

À ce stade — celui que nous traversons depuis trois ans — la création est automatisée, mais la diffusion reste manuelle. Un humain pousse encore le bouton. Il choisit, copie, colle, publie. Aussi prolifique soit-il, son rythme demeure celui d’un opérateur. Sa journée comporte un nombre fini de gestes.

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42 ans de jeu vidéo français… et toujours aucun auteur

À force d’observer l’industrie du jeu vidéo français, j’en viens à une conclusion délicieusement absurde — et ô combien britannique : nous sommes la seule grande nation culturelle au monde à avoir une industrie du jeu vidéo… mais pas de créateurs de jeu vidéo. Juridiquement, ils n’existent tout simplement pas.

Quarante-deux ans que la France produit des mondes, des mécaniques, des récits, des héros… Et quarante-deux ans que, dans les textes, le créateur de jeu vidéo est considéré comme un technicien, un prestataire, ou un salarié interchangeable, mais jamais comme un auteur.

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Illustrations : cordoleani.com.