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Le jour où j’ai compris que mes œuvres ne me survivraient pas
Quand ma fille a eu l’âge de me demander de jouer aux jeux vidéo que j’avais créés pendant les quinze années qui ont précédé sa naissance, j’ai eu un moment de silence. Pas un silence émotionnel. Un silence technique.
Sur l’ensemble des jeux auxquels j’avais participé, un seul a accepté de fonctionner. Sur un émulateur DOS. Après plusieurs heures de réglages, de forums poussiéreux, de fichiers récupérés à l’aveugle. Les autres ? Perdus. Incompatibles. Obsolètes. Dissous dans le temps.
Si j’avais été écrivain, mes livres auraient été lisibles. Si j’avais été peintre, mes toiles auraient pu être accrochées. Si j’avais été sculpteur, mes formes auraient traversé les générations. Mais en tant que créateur numérique, mes œuvres — pourtant bien réelles, bien vendues, bien utilisées — étaient devenues intransmissibles.
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